Les enjeux locaux et régionaux de la Finance Climat 

Au regard de la dynamique actuelle des villes, la population urbaine mondiale va s’accroitre de 65 millions d’habitant par an entre 2015 et 2030. Cette croissance va se traduire par des conséquences logiques : consommation alimentaire, construction de logement, augmentations des moyens de transports, et consommation énergétique, qui sont tant de facteurs qui vont déterminer le futur climatique du monde.

L’Accord de Paris a reconnu, pendant la COP21, le rôle crucial que jouent les villes et les territoires contre le changement climatique. En effet, on estime que 75% des émissions de gaz à effet de serre et 80% de la consommation énergétique sont attribués aux territoires urbains. Et pourtant, aujourd’hui encore, les décisions prises en termes de planification et de financement des infrastructures des territoires ne sont pas suffisantes pour permettre aux acteurs locaux et régionaux d’aménager leurs territoires pour assurer une transition énergétique.

Il existe un biais important entre les besoins en investissements et les montants effectivement investis dans les infrastructures et équipements urbains. Dans les 15 prochaines années, au moins 93 milliards de dollars devront être investis dans des infrastructures et services de base à basse émission de gaz à effet de serre et résilientes, dont plus de 70% dans les territoires urbains à un rythme d’environ 4.5 à 5.4 milliards de dollars par an. Cependant, des efforts substantiels doivent aussi être accomplis dans les territoires péri-urbains et ruraux, dont la résilience face aux dérèglement climatiques influence directement les conditions de vie dans les villes, et qui sont notamment en première ligne sur la gestion des forêts.
Au regard de l’importance de cette demande, la compréhension des flux issus de la Finance Climat révèle aujourd’hui toute sa pertinence. L’étude 2015 de la Climate Policy Initiative – CPI sur les flux de la finance climat a permis de comptabiliser 331 milliards de dollars (incluant à la fois les flux allant vers les villes, et les autres), et a permis à l’ensemble des acteurs de prendre conscience de l’ampleur de ce défi.

Même si la finance climat ne pourrait à elle seule combler les manquements en investissement pour les infrastructures, elle joue cependant un rôle de catalyseur vital et doit être augmentée dans les prochaines années .
Selon un sondage de la Cities Climate Finance Leadership Alliance – CCFLA effectué en 2014, auprès de ses banques de développement membres, le total des flux pour la finance climat étaient de moins 54 millions de dollars, ce qui représente 26% du total de l’engagement financier des banques, avec une moyenne de 31% concernant l’investissement vers les territoires urbains.
Plus de 2,5 milliards de dollars par an d’investissement dans des infrastructures résilientes, inclusives et climato-compatibles seraient nécessaires pour maintenir le réchauffement climatique à deux degrés d’ici 2050 quand, à titre d’exemple et selon le rapport 2015 de la CCFLA , seuls environ 9% des ressources des grandes banques de développement sont fléchées vers le financement climat du niveau infranational (et en grande majorité vers les projets d’atténuation).

C’est pourquoi le véritable défi pour augmenter l’accès des territoires à des financements abordables pour les infrastructures résilientes et à faible émission, n’est pas seulement d’augmenter le montant total de financement disponibles mais également de créer des environnements favorables qui encouragent la direction des flux financiers.
Dans cette configuration, les financements publics et privés peuvent jouer un rôle crucial pour attirer les investissements , mais seulement à condition de mieux diriger les financements issus des transferts gouvernementaux, de la fiscalité et de l’usage des services, mais aussi des emprunts auprès des institutions de financement des collectivités locales et des banques de développement.
La CCFLA a identifié 6 blocages majeurs qui devraient être levés pour faciliter l’accès des territoires aux financements climat :
• L’incertitude des régulations et politiques fiscales ayant des conséquences sur les infrastructures climato-compatibles ;
• La difficulté d’intégrer les impératifs climatiques dans la planification urbaine ;
• Le manque d’expertise dans la conception et le montage de projets d’infrastructures climato-compatibles susceptibles d’attirer les financements ;
• L’insuffisance du pouvoir de contrôle des territoires sur la planification des infrastructures et la coordination complexes des différents acteurs impliqués ;
• L’importance du coût des transactions financières ;
• Le manque de modèles de financement ayant prouvé leur efficacité au niveau des territoires.

Le financement de l’adaptation aux changements climatique est un enjeu majeur pour les infrastructures locales. Ces dernières sont souvent basées sur des modèles de financement « non bancables » pour les investisseurs potentiels, et l’un des moyens diriger les flux financiers vers le local c’est de passer par la Finance Climat. C’est une priorité pour les villes et les régions issues des pays en développement et moins avancés qui ne disposent ni de l’ingénierie ni des ressources financières nécessaires propres pour répondre à ce besoin fondamental.

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Le Climate Funds Update est un site internet proposé par Overseas Development Institute (ODI) et la fondation Heinrich Böll Stiftung (HBS) qui fournit de l’information sur les initiatives internationales existantes sur la finance climat créées pour appuyer les pays en développement à faire face aux enjeux du changement climatique.

Plusieurs rapports éclairants peuvent y être téléchargés :
Le rapport « 10 choses à savoir sur la finance climat en 2015 » https://www.odi.org/sites/odi.org.uk/files/odi-assets/publications-opinion-files/10093.pdf
La série des « Fondamentaux de la Finance Climat 2015 », une série de briefings sur les différents aspects de la finance climat internationale
http://www.climatefundsupdate.org/resources/cffs
Le working paper sur la « Finance Climat pour les villes : comment les fonds internationaux climats peuvent supporter le développement urbain résilient et bas carbonne
https://www.odi.org/sites/odi.org.uk/files/odi-assets/publications-opinion-files/9660.pdf